Aller au contenu principal

Logo China Export : ce qu'un dirigeant doit vérifier

Le logo China Export n'a aucune valeur légale. Comment distinguer un vrai marquage CE, qui en répond et quels documents exiger avant d'importer.

Illustration de l'article « Logo China Export : ce qu'un dirigeant doit vérifier »

6 min de lecture

4,5sur 5134 votes

  • 800lecteurs
  • 4en ce moment
  • 21partages

Mis à jour le 25 septembre 2026

Le logo « China Export » n'est reconnu par aucun texte européen. Il désigne en pratique un marquage qui imite le CE (Conformité Européenne) avec des lettres plus rapprochées, apposé sur des produits qui n'ont pas forcément suivi l'évaluation exigée. Pour une entreprise qui importe, la seule question utile est donc : le produit dispose-t-il d'une déclaration UE de conformité et d'un dossier technique ? Sans ces documents, le marquage ne prouve rien, quelle que soit sa forme.

Vous avez reçu un échantillon d'Asie, le carton porte deux lettres qui ressemblent au CE, et un doute s'installe. La rumeur du logo China Export circule depuis la fin des années 2000 chez les acheteurs et les revendeurs. Elle mélange une vraie préoccupation (les faux marquages existent) et une fausse piste (croire qu'un espacement de lettres suffit à juger un produit). Pour un dirigeant, l'enjeu dépasse la curiosité graphique : la personne qui met le produit sur le marché européen en répond.

Pourquoi le prétendu logo China Export prête autant à confusion

Le marquage CE a un dessin précis. Ses deux lettres sont construites à partir de deux demi-cercles, et leur proportion est fixée par la réglementation européenne (annexe II du règlement 765/2008). Un C et un E dessinés à main levée, collés l'un à l'autre, sortent de ce gabarit. C'est cette différence visuelle qui a donné naissance à l'expression « China Export ».

Interrogée par des députés européens, la Commission a indiqué qu'elle n'avait connaissance d'aucune marque officielle de ce nom et qu'il s'agissait d'une mauvaise reproduction du marquage CE. Autrement dit, il n'existe pas de label chinois concurrent qui signifierait « produit destiné à l'export ». Il existe des marquages bien faits, des marquages mal reproduits et des marquages apposés sans droit. Ces trois situations peuvent d'ailleurs se combiner : un logo parfaitement dessiné n'empêche pas une contrefaçon, et un tracé maladroit peut figurer sur un produit réellement évalué.

Repérer un marquage douteux sur un échantillon ou une fiche fournisseur

L'examen visuel reste un premier filtre, pas un verdict. Le tableau ci-dessous résume les signaux à noter lors de la réception d'un échantillon.

Élément observéMarquage conforme au gabaritSignal qui doit alerter
Espacement des lettresEspace net entre le C et le E, lettres arrondies sur la même base circulaireLettres collées ou presque, E plus étroit que le C
Hauteur5 mm au minimum, sauf dérogation prévue par le texte applicableMarquage minuscule, illisible ou seulement sur l'emballage alors que le produit le permet
Numéro d'organisme notifiéPrésent quand la procédure l'exige, vérifiable dans la base européenne NANDONuméro inconnu, attribué à un organisme qui ne couvre pas cette catégorie
Documents associésDéclaration UE de conformité signée, citant les directives ou règlements visésSimple « certificat CE » délivré par un laboratoire non notifié, sans déclaration du fabricant

Le dernier point est le plus parlant. Beaucoup d'usines fournissent un document à en-tête de laboratoire intitulé « CE certificate ». Ce papier atteste parfois d'un test partiel, réalisé sur un autre modèle. Il ne remplace ni la déclaration UE de conformité, que le fabricant doit établir et signer, ni le dossier technique qui la justifie.

Qui répond d'un produit importé mal marqué

Le droit européen répartit les obligations entre opérateurs économiques. Le fabricant conçoit, évalue et appose le marquage. L'importateur, établi dans l'Union, doit vérifier que cette démarche a bien eu lieu avant la mise sur le marché, indiquer ses coordonnées sur le produit ou son emballage et conserver la documentation à disposition des autorités. Le distributeur, enfin, contrôle la présence du marquage et des documents d'accompagnement.

Concrètement, une PME française qui commande directement à une usine de Shenzhen endosse le rôle d'importateur. Si la DGCCRF ou la douane constate un marquage injustifié, c'est vers elle que l'administration se tourne en premier : retrait des lots, rappel auprès des clients, voire poursuites selon la gravité. Depuis le règlement 2019/1020 sur la surveillance du marché, puis le règlement 2023/988 sur la sécurité générale des produits applicable depuis décembre 2024, l'exigence d'un responsable identifiable dans l'Union s'est renforcée, y compris pour les ventes en ligne.

Pour les situations ambiguës (produit hybride, catégorie soumise à plusieurs textes, revente de stocks déjà importés), l'avis d'un juriste spécialisé ou d'un organisme notifié reste la voie la plus sûre.

Intégrer la vérification de conformité dans le processus d'achat

Le moment le plus rentable pour traiter le sujet se situe avant la commande, quand le fournisseur a encore intérêt à répondre. Une fois la marchandise dédouanée, chaque correction coûte du temps, du stockage et parfois la totalité du lot.

  • Au stade de la consultation : demander la liste des textes européens applicables au produit et la déclaration UE de conformité au nom du fabricant réel.
  • À la réception de l'échantillon : comparer la référence testée avec celle qui sera produite, contrôler le marquage et le numéro d'organisme notifié.
  • Dans le contrat ou le bon de commande : inscrire la fourniture du dossier technique sur demande et une clause de reprise en cas de non-conformité.
  • Avant l'expédition : faire réaliser une inspection par un tiers indépendant si le volume ou le risque le justifie.

Ces étapes ne transforment pas un acheteur en ingénieur qualité. Elles créent une trace écrite qui montre, en cas de contrôle, que l'entreprise a fait preuve de diligence.

Afficher la conformité de ses produits en ligne sans semer le doute

La question du marquage ne s'arrête pas à l'entrepôt. Sur une boutique en ligne ou une marketplace, les acheteurs zooment sur les photos, comparent avec d'autres vendeurs et relaient volontiers sur les réseaux une étiquette jugée suspecte. Une fiche produit qui montre un logo flou, sans mention du responsable dans l'Union, suffit à nourrir la rumeur du China Export autour de la marque, même quand le produit est en règle. Le règlement sur la sécurité générale des produits impose d'ailleurs aux vendeurs à distance de faire figurer le fabricant, le responsable européen et les avertissements utiles directement dans l'offre. Soigner ces informations relève autant de la conformité que de la réputation, et les dirigeants de TPE qui veulent travailler leur présence numérique avec cette exigence peuvent découvrir le site d'une agence qui accompagne ce type de structures. Dans tous les cas, une photo nette du marquage, les coordonnées de l'importateur et la mise à disposition de la déclaration de conformité sur demande rassurent davantage qu'un discours commercial.

Avant une première commande en Chine : les questions concrètes

Le logo China Export a-t-il une existence juridique ?

Non. Aucun règlement européen ni aucune norme chinoise publiée ne crée de marque « China Export ». Le terme sert à décrire une imitation ou une reproduction approximative du marquage CE.

Un revendeur sur marketplace est-il concerné si le fournisseur a apposé un faux CE ?

Oui, à des degrés divers. S'il achète directement hors de l'Union, il est importateur et doit vérifier la conformité. S'il achète auprès d'un grossiste européen, il reste distributeur et doit au minimum contrôler le marquage et les documents, puis cesser la vente en cas de doute sérieux.

L'écart entre les deux lettres permet-il de conclure à une contrefaçon ?

Il constitue un indice, pas une preuve. Un fabricant sérieux peut mal reproduire le gabarit, et un faussaire peut le respecter à la perfection. Seuls les documents de conformité et, si besoin, des essais permettent de trancher.

Quels documents exiger d'une usine chinoise pour un produit soumis au CE ?

La déclaration UE de conformité signée par le fabricant, les rapports d'essais correspondant au modèle exact, le certificat de l'organisme notifié lorsque la procédure en impose un, ainsi que l'engagement de transmettre le dossier technique aux autorités sur demande.

L’auteur

Lilou Laval

directrice administrative et financière

Mon terrain sur ce site : trésorerie et pilotage de PME.

Voir tous ses articles

Votre avis compte

Cet article vous a-t-il été utile ?

4,5sur 5134 votes

Notez cet article :

Commentaires

Soyez le premier à réagir.

Pour continuer la lecture

Dirigeant : évaluer une offre automobile
Pour poursuivre la lecture

Dirigeant : évaluer une offre automobile

Une méthode de dirigeant pour analyser une offre automobile collective, comparer les coûts réels et éviter que la mensualité ne masque le budget global.

Lire l’article